Le Festival de Cannes face à l’Orient

On a assez opposé l’Occident face à l’Orient mais qu’en est-il de la place du cinéma de la zone ANMO au coeur d’un festival devenu aussi classique qu’incontournable ? Vieux jeu comme avant-garde, on cherche ici à présenter les films de notre région d’étude.

Cannes, la Croisette, 13/07/2021

Feathers – Omar El Zohairy (Egypte)

Malgré le comique de l’histoire, un père transformé en poule lors d’un tour de magie pour enfants, Omar nous emmène au plus profond de l’Egypte pour nous montrer le quotidien d’une famille et ses drames quotidiens.

On a aimé le réalisme voire le naturalisme des scènes tout comme la mise en avant d’une Egypte qu’on voit peu à l’écran avec une attention particulière sur la vie d’une femme dont la vie est administrativement bien trop bouleversée par la disparition de son mari. On a moins aimé, sans doute par goût personnel, les scènes violentes du film nous attirant dans un monde plus dur qu’attendu.

Ce dont on est sûr c’est qu’Omar El Zohairy a réussi à nous partager des scènes de vie enivrantes allégées par le loufoque de la situation initiale. Faut-il avoir besoin d’une poule pour réaliser les inégalités croissantes et la pauvreté immense en Egypte ?

Ghahreman – Ashgar Farhadi (Iran)

Un héros en manque de bonne action, voici l’univers dans lequel nous emmène Ashgar Farhadi, réalisateur iranien habitué des festivales internationaux. Un prisonnier en permission qui trouve un sac rempli de dix-sept pièces d’or préfère le rendre à son propriétaire plutôt que de les garder pour payer sa dette. Un acte noble ? Dans quelles mesures peut-il être valorisé tel quel quand il est parsemé de petits mensonges qui mèneront le protagoniste à des obstacles divers. Par ailleurs Ashgar critique astucieusement le besoin d’affichage, l’honneur et l’impact des médias et réseaux sociaux.

On a adoré la très grande qualité du jeu de tous les acteurs (enfants inclus), des belles images nous permettant de mieux imaginer l’Iran. Aussi on a apprécié les dialogues fins aidant à comprendre toutes les facettes de l’action. On a moins aimé : eh bien nous avons des difficultés à souligner les points faibles d’un film qui nous a capté du début à la fin !

Municipale – Thomas Paulot (France)

Film fantastique qui interroge les rouages de la démocratie en France. Un acteur se présente aux élections municipales de Revin aux Ardennes et indique de manière claire et transparente qu’il n’a ni programme ni souhait de s’installer dans la région. Un film poignant qui nous montre les failles d’un système représentatif qui ne parle plus à tous les Français même si certains y restent très attachés et se battent becs et ongles pour le faire perdurer. 

On a adoré la spontanéité de ce docu-fiction et ses ambiguïtés. Les apports de chaque personne rencontrée étant assez impressionnants. On a aussi aimé la folie de l’acteur Laurent Papot qui l’a entraîné dans un tel projet surréaliste et dont le rapport à la mission évolue tout au long du film. Film sans bémol, difficile de pointer une critique. On a rigolé tout en étant émue pendant tout le film.

Top end wedding – Wayne Blair (Australie)

Un film léger, drôle et touchant, qui permet de prendre un grand bol d’air frais dans la sélection pessimiste des films de Cannes. On parcourt l’Australie en quête d’une mère en fugue et en quête existentielle pour espérer la retrouver à temps pour le mariage précipité de sa fille. On a adoré l’humour du film correspondant tout à fait à celui de ma famille. On est ressorti le cœur léger, désireux de s’envoler à l’autre bout de la planète pour retrouver cette atmosphère et ces paysages grandioses propres à l’Australie ! 

Haut et fort – Nabil Ayouch (France-Maroc)

Au cœur de Sidi Moumen, un centre culturel propose une formation hip hop – activité pas si anodine sous un régime où la liberté d’expression est limitée et où le conservatisme de la société n’est pas prêt à tout laisser faire. On cherche dans ce film les limites de l’espace autorisé à l’expression artistique et les pousse, on fait place au dialogue et à la remise en question. On a aimé la complexité des personnages permettant de ne pas simplifier la mosaïque marocaine libérale.

France – Bruno Dumont (France)

Olivier Dumont passe par la vie personnelle d’une journaliste pour critiquer ouvertement les vices des médias. Insurportable, France de Meurs n’a peur de rien lorsqu’elle est en tournage. On a adoré ce regard froid et franc sur la gestion de l’image aujourd’hui et son impact sur l’amour de soi. La crudeur des propos de France avec son assistante laisse sans voix. Cependant, on a moins aimé les plans parfois un peu long sur les larmes abondante de l’actrice, Léa Seydou. Culte de la personnalité bien illustré pour nos sociétés satisfaites par ce développement actuel.  

Ceux qu’on n’a pas vu mais qu’on aimerait encore voir:

Little Palestine, Journal d’un siège – Abdallah Al-Khatib (Palestine)

Ha’Berech – Nadav Lapid (Israël)

Vayehi Boker – Eran Kolirin

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